Un Intranet refait en cinq semaines : comment l’agence acti a confié 65 000 lignes de code à Claude

Lors de la masterclass d’Influence IA, Sébastien Brunelle, directeur de production et CTO de l’agence digitale acti, et Clément Delord, lead développeur back, ont raconté comment ils ont refondu l’intranet maison avec l’IA de développement Claude.

Partager ce contenu :

LinkedInFacebookX
icon-mail
icon-print
Un Intranet refait en cinq semaines : comment l’agence acti a confié 65 000 lignes de code à Claude

Clément Delord, lead développeur back, et Sébastien Brunelle, directeur de production et CTO de l’agence digitale acti © Influence IA/OUR(S)

Pendant vingt ans, l’intranet d’acti a tourné sans faire de bruit. Sébastien Brunelle le connaît bien : c’est lui qu’il l’a créé en 2006. L’intranet est au cœur du système d’information de l’agence : suivi des temps passés sur les projets, maintenance, formations, données de production qui alimentent la comptabilité externalisée. Les clients y consultent aussi, via l’extranet, le temps consacré à leurs demandes. « Un intranet en panne une journée, ça crée vraiment du désordre », résume le CTO.

Mais une telle longévité comporte également des revers. L’intranet reposait toujours sur du PHP, mais dans une version devenue obsolète. En 2024, Sébastien Brunelle s’inquiète des failles de sécurité possibles, de la confidentialité des données et du RGPD, même pour un outil réservé à l’interne. Il s’y met, sans grand succès. « Je passe deux semaines à m’y casser les dents», raconte-t-il au public. Il n’est « pas un pur dev » et ne développe plus depuis longtemps.

Sans IA, le chantier aurait mobilisé un UI designer, un développeur front, un développeur back, des testeurs et un spécialiste système et réseau. Dans une agence avant tout centrée sur ses clients, ce temps interne est compté. Avec Claude, ils ont été deux : « Moi, égoïstement, et l’IA. »

Le chantier en chiffres

  • 65 000 lignes de code. Sébastien Brunelle compare : la partie spécifique d’un site web en compte 5 000 à 10 000. L’intranet représente donc « cinq à six sites internet ».
  • Cinq à six semaines de migration, pour un coût d’environ 20 euros par mois (l’abonnement à Claude).
  • Plus de 80 évolutions fonctionnelles, accumulées dans les cartons au fil des années, traitées en plus de la migration.
  • Un saut technologique : « Passer de la version 5 du langage de programmation à la 8, c’est comme passer de la calculatrice à Excel », illustre Sébastien Brunelle. S’y ajoutent le chiffrement des données, la sécurisation et des interfaces plus fluides.

L’équipe a utilisé Claude Code avec le modèle Sonnet, la version intermédiaire de la gamme. Le choix doit beaucoup à Clément Delord, lead developper d’acti, qui le connaissait bien, et à la réputation de l’outil en programmation.

Le bon profil : un tech lead qui connaît le produit

Avant de se lancer, Sébastien Brunelle a interrogé à Claude en lui demandant quel profil il faudrait pour mener seul un tel chantier. La réponse : pas un « superdev », mais un tech lead avec une sensibilité de produit. Il se reconnaît dans cette description, car il a construit l’outil et connaît le fonctionnement de l’entreprise depuis plus de 20 ans.

Les prérequis qu’il en tire :

  • savoir précisément ce que l’on veut (le besoin fonctionnel) ;
  • connaître le modèle de données (au début, Claude « a un peu surfé » faute de repère) ;
  • prévoir des tests à chaque évolution, que l’IA peut aider à écrire.

Les leçons pratiques

De cette expérience, Sébastien Brunelle tire d’abord une règle : soigner le contexte. Quand l’IA a semblé oublier ses consignes, il lui a demandé s’il avait affaire à un poisson rouge. Claude a répondu avec humour : « je suis un poisson rouge très efficace, mais il ne faut pas oublier de coller des post-it tout autour du bocal ». Autrement dit : tout ce que l’IA ne doit jamais perdre de vue doit figurer dans son contexte de référence.

Il faut aussi apprendre à lui lâcher la bride, mais pas trop tôt. Au début, l’IA réclame sans cesse des autorisations : accéder à tel fichier, à telles données. Le CTO conseille de lire ces demandes avec attention, le temps de comprendre ce qu’elle va faire et jusqu’où elle peut aller. Une fois ce périmètre calibré, on peut la laisser travailler seule. À condition de « l’utiliser avec précaution », insiste-t-il.

Les extensions de Claude, appelées skills, ont également compté. Sébastien Brunelle en avait activé quatre à l’époque, dont Playwright, qu’il juge « assez impressionnant » : l’IA ouvre un navigateur, lance le site, le parcourt et prend des captures d’écran pour vérifier le rendu. Sans cet outil, elle n’avait accès qu’au code et faisait des affirmations sans pouvoir les vérifier. La fonction existe désormais en natif avec Claude in Chrome.

Dernier conseil : ne pas rester seul face à l’outil. « L’IA, ça ne doit pas être confidentiel », estime-t-il, et mieux vaut échanger avec des collègues plus aguerris sur ce qu’ils utilisent et sur leur façon de faire.

Une démonstration en direct : 14 minutes

Pendant l’exposé, Clément Delord a lancé une tâche sur le site acti.fr : créer une page à partir d’un fichier du contenu de la masterclass et de la charte graphique du site, avec un template unique, optimisée pour le SEO, le GEO et l’expérience utilisateur. Le prompt tient en trois lignes, mais l’IA a accès à tous les fichiers du projet et à des fichiers de contextualisation.
Résultat en 14 minutes : une page intégrée au site, fidèle à la charte, avec une FAQ en bas. Sébastien Brunelle estime qu’un développeur full stack, même très bon, y aurait passé « au grand minimum » une heure. Il précise toutefois que la tâche reste facile : « c’est du web, il n’y a pas de code métier derrière ».

L’impact écologique : du bon sens avant tout

Le CTO reconnaît cependant que la question est complexe et retient un critère : le rapport entre temps passé avec l’IA et temps humain évité. Une heure d’IA pour un travail qui aurait demandé une journée d’équipe lui paraît justifiée. Mais il faut se demander : « ai-je besoin de confier cette tâche à l’IA ? ». Pour une action simple et courte, mieux vaut la faire soi-même. Il laisse aussi chacun juger l’usage de l’IA « pour s’amuser » : des millions d’images générées chaque mois, « je ne suis pas sûr qu’elles soient toutes utiles ».

À lire aussi